Australian horror story
Réveil dans la terreur (1971) de Ted Kotcheff


C'est presque la Palme pour Ted Kotcheff. En 1971, Réveil dans la terreur (Wake in fright) grimpe au rideau cannois et c'est la claque pour le jury composé, enter autres, de Sergio Leone. Pourtant le prix ira au Messager (Losey), le prix du 25ème anniversaire à Mort à Venise (Visconti), le prix du jury à Taking off (Forman) et le prix de la critique à Johnny got his gun (Trumbo).

N'empêche, les spectateurs se prennent dans la gueule un film singulier, particulièrement avec une scène sordide : la chasse aux kangourous. Des rednecks écrasent une à une les bestioles puis les regardent s'arrêter net dans la lumière des phares du pick-up pour mieux les égorger. Le jeu de massacre dure une éternité, révélant la folie de gars du coin complètement pétés. On n'est pas loin des Désaxés (John Huston) avec un cheval massacré dans un quasi désert. Mais ici, Ted Kotcheff vire le contrechamp bouleversant de Marylin Monroe pour laisser libre cours à la pulsion de mort.

Réveil dans la terreur joue cash avec son histoire de prof en rade dans une bourgade paumée. Le garçon claque son salaire dans un pile ou face pourriā€¦ et voilà, impossible de prendre l'avion pour rentrer à Sydney. L'intello rouille au milieu de l'Australie, coincé dans un pano à 360° impossible à dépasser. Les gars du coin s'occupent de lui avec une sympathie agressive, tous en piste pour jouer les mauvais sauvages bourrés au whisky. Rapido, il semble impossible de choper une ligne droite sur pour quitter l'île. C'est à dire tout le contraire de la conquête de l'ouest américaine. Ca tourne en rond et les bonnes vieilles pulsions archaïques remontent à la surface. C'est Mad Max (Miller) avant l'heure. Peu importe le trajet, on croise inlassablement la même bande de dingues. Demi-tour, les zozos intériorisent cette folie qui dévore l'esprit, comme les mecs mordent un gentil kangourou.

Ce qui frappe dans cette atmosphère Un Jour sans fin (Ramis), c'est l'absence de surnaturel pour expliquer l'enlisement du héros. Le sentiment de l'île suffit, comme quand un jeune gars défaille dans le Shutter Island scorsesien, décidément impossible à dépasser, surtout quand c'est plus l'heure, after hours.

Photo : Shutter Island de Martin Scosese

 

 

 

DS

Filmographie de Ted Kotcheff (lien Imdb)