Simple appareil
Les Muppets dans l'espace (2000) de Tim Hill


Le 17 février 2004, Disney rachète les droits des Muppets. 10 ans plus tard, à la différence de Marvel et Star wars, on se demande pourquoi la compagnie glandouille sur ce geyser créatif. En matant l'histoire des marionnettes, les Kerviel du divertissement devraient pourtant rouler des yeux en dollars. On remonte aux années 70, c'est loin mais le Muppets Show cartonnait sur les tv du monde entier. Kermit, Gonzo, Miss Piggy explosaient les audiences, se vendaient en produits dérivés comme Dragons 2 se mange par pelletées Haribo, sans compter les déclinaisons pubs et cinéma plutôt réussies. Bon, si les zozos sont en panne d'idées, Palma prends 5 %.

Avant de virer show comique international, ou mieux avant le virage gaucho avec la Sésame Street sur la tv publique américaine, l'histoire s'emballe dans la pub. Dés les années 60, Jim Henson (le marionnettiste à barbe comme Georges Lucas, Steven Spielberg ou Steve Jobs) vend ses bestioles à Wilkins coffee. Soient des tueries de 15 secondes hyper violentes où ne pas connaître le breuvage vire inexorablement au SM. Quand sonne le revival un poil fatigant des Monthy Python, c'est pas mal de jeter un œil sur ces merveilles burlesques. Le trash est possible, ce sont juste des bouts de chiffons, ça glisse impec entre deux speakerines assises en 3/4.

D'une certaine manière, Jim Henson c'est l'efficacité pub, le sens du meanstream, et surtout un usage génial de la tv pour repenser le cadre et montage. Comment filmer des puppets pour rendre l'affaire jamais vue ? Tout simplement comme des acteurs, les jambes en moins. Pour ça, il construit un point de vue en fonction de l'action et des besoins des personnages. Par exemple, en filmant une bestiole derrière ou sur le côté. Ce cousu main sort définitivement la marionnette du castelet pour fracasser l'image.

Tout est là : partager le gâteau entre la mise en scène théâtrale et la réal, mixer les peluches avec des êtes humains, oser la provoc avec des bestioles dont la caractéristique est d'avoir une tige dans le cul mais tout planquer derrière des effets au poil. Enfin, ultime idée géniale, le bestiaire développe sa propre conscience de marionnette. Les E.T. sont parmi nous, et ne pensent qu'à se foutre de la gueule des humains. Les secondes mains prennent le pouvoir le temps d'un show quand les humains jouent le figurant un peu out (une guest stars en langage Muppets). La métaphysique de bazar est en place pour se marrer un bon coup et se questionner sur son existence.

Cette révolution fait du Muppets Show un monument de la culture américaine. Un truc perdu de vue par chez nous, tellement le Bébête show ou les Guignols ont perdu cette fantaisie métaphysique pendant la traversée. Après la mort de Jim Henson, le spectacle continue avec des films non sortis en France ou quelques émissions TV. On fonce DTV (merci Canal play). L'occasion de faire notre rappel BCG des années 2000 avec Les Muppets dans l'espace.

Qui suis-je ?

Gonzo n'est pas seulement un journaliste sous acide au milieu des années 70. C'est aussi un corbeau violet en glandouille avec ses potes. Il vit en communauté dans une grande maison, partage les tâches pour faire la bouffe, se demande comment fabriquer un nouveau show mais part en couilles entre deux idées rêveuses. Et puis les Kellog's, fallait pas. Les lettres dansent dans le bol du matin. Elles ont même un message subliminal : les extraterrestres débarquent, remède ultime contre la mélancolie. Les pétales pogottent d'autant plus que le garçon se sent seul. La tentation de refaire la Rencontre du 3 ème type est trop forte. Gonzo veut à tout prix les accueillir avec honneur pour faire la fiesta. C'est-à-dire faire un trip comme à l'époque. Sauf que le monde des années 2000 a changé. Ce type de quête est mort avec le San Francisco baba cool et voilà, ça fait bien marrer Franck Oz à la manœuvre dans cet épisode des Muppets show.

Les rôles se répartissent entre les humains, plutôt du côté de la bêtise et de l'ordre, les potes qui accompagnent Gonzo évitent les débordements et enfin les E.T. à la lisière de Spielberg trafiquant une nouvelle frontière invraisemblable. C'est aussi l'occasion de brasser ce petit monde en rappelant quelques fondamentaux du Muppets show. Une alliance objective entre les non-humains se fabrique à la vitesse de la lumière. Le programme se déploie en quelques mots : l'envie d'en découdre avec les humains, balancer une sexualité débridée et malheureuse pour Peggy la cochonne, inventer une communauté en auto gestion avec Kermit en chef de bande cool, rappeler à quel point la fête est un truc salvateur et enfin montrer comment l'idéal bobo serait la poursuite d'un vieux rêve qui bouge pendant les années 70 (faire de l'art mais pas trop).

Photo : E.T. L'extraterrestre de Steven Spielberg

In et out

Les Muppets ajoutent un autre idéal épatant. Une bonne partie des personnages sont en couples et là, c'est open bar. Tata Boutin remballe car tous les sexes, genres et styles de bestioles se mélangent. Gonzo fait dodo avec un rat, les deux vieux ronchonchons ne se quittent jamais pour se marrer en balançant du fiel sur tout ce qui bouge ou Peggy cherche le sexe avec le premier humain venu si c'est un beau gosse. Plus fort que le mariage gay, l'esprit Henson continue à insuffler à son bestiaire une liberté débridée. Ici, l'important c'est d'aimer. L'existence même de ce petit monde agité, explosif (ça fait boum tout le temps) détruit les conventions de part même une vie débordante. C'est la chantilly festive des minorités sans le drame. Ou pour le prendre autrement, la légèreté comme arme d'amusement massive.

Le show fabrique un idéal communautaire combatif dans le fun. Dés le début, les Muppet ont cette préscience du combat politique via la fiesta. Un truc gay, bi, trans et plus encore avec comme unique objectif produire du fun pour faire péter les coutures. C'est la pride des marionnettes où tout fini non pas en chanson, mais par la bamboula. Mêmes les extraterrestres sont OK pour danser, c'est dire. On n'est pas loin du Super 8 de J.J. Abrams, quand une bande de gamins fabriquent des films dans un garage avec de faux extraterrestres et finissent par rencontrer les vrais pour de vrai et faire la farandole.

Enfin, la patte Franck Oz transpire à chaque séquence. Quelques années plus tard Les Muppets dans l'espace, le réal filme sa comédie In et out. Le pitch ? Comment les clichés sur les gays se métamorphosent en outil de libération et non pas d'enfermement. Rappelez-vous, un prof de lettre est à quelques jours de son mariage quand l'un de ses élèves, recevant un Oscar, le remercie publiquement pour son homosexualité. L'entourage surinterprète ses gestes comme un signal gay. C'est précisément ce qui lui permettra de s'assumer et de faire son coming out.

In et out politique et esthétique, le champ et hors-champ sans cesse en débat dans la mise en scène, le rêve et le réel, l'humain et le reste de l'univers avec tout un tas de possibilité d'existences sont au cœur du spectacle. On attend un retour fracassant des bestioles sur les écrans. A Palma, on est prêt.

Photo : In and out de Franck Oz

 

 

 

DS

Filmographie de Tim Hill (lien Imdb)