ABCSF
Gravity
(2013) de Alfonso Cuaron


Amour sans Haneke

Une femme seule lâchée dans l'espace se souvient de son enfant décédé, découvre un chouilla trop tard l'effet « What else » de George qui pourtant en fait des caisses et pleure à l'idée d'entendre un chien aboyer à la radio. L'amour est bien le fil perdu. Un truc à retrouver par tous les moyens.

Buck Rogers

C' est un ancien pilote de l'armée américaine qui, à la suite d'un accident ( crash ), est plongé dans un coma profond. Il se réveille alors au XXVème siècle. C'est le premier héros de science-fiction de l'histoire de la bande dessinée (Wikipedia). Ici, c'est une femme comme dans Alien (Ridley Scott).

Cuaron Alfonso

La première grande série télé réalisée par le zozo s'appelait Fallen angels. On dit ça, on dit rien hein…

Démonte-pneu

C'est le retour de la bricole dans la SF. Un extincteur pour faire du rétropédalage, une soute à ouvrir en suivant le sens de la flèche, un manuel de bord dont il faut savoir sauter les étrapes. Un truc super cool car dans SF il y a science. C'est-à-dire un art de la procédure déjà à l'œuvre dans Star Trek. On en a fait des vannes avec le vocabulaire technique. C'est repris dans Gravity avec un sérieux rare. Ouep, la survie tient parfois à un mode d'emploi.

Embarquement

Raté. Pas de décollage chez Cuaron. Nous sommes déjà dans l'espace avec une caméra en orbite autour de la terre. Tout l'enjeu sera de la faire atterrir. C'est d'ailleurs l'objet du titre un poil ronflant. Comme quoi, on peut réaliser un grand film, mais se la péter grave sur la jaquette. Bon, on échappe à Death ou Lost.

Feu

Un incendie dans l'espace commence par des jolies bulles de feu. Après ça craint. Sandra Bullock n'arrête pas s'appuyer sur des boutons pour mettre le gaz dans les réacteurs et diriger sa vie vers des objectifs simples : filer de stations orbitales en capsules spatiales. C'est horizontal. Ultime étape, tenter de revenir sur terre avec un passage barbecue dans l'atmosphère. Là, ça chauffe vertical. Enfin, elle lâche prise avant la douche froide. En attendant, l'incendie réchauffe les corps, quitte à se cramer.

Georges

Tonton Clooney est abonné à une SF arty avec ses airs de prof branleur tout droit sorti des années 50. Solaris (Soderbergh) reprenait le chef d'œuvre de Tarkowski pour se perdre avec les fantômes dans l'univers tout noir. Ici même topo, mais c'est lui qui disparaît pour mieux revenir en ectoplasme. Ouep Georges, tu es trop classe pour être vrai.

Photo : Solaris de Steven Soderbergh

Herbe

Les rares moments de bonheur dans Gravity consistent à regarder la terre comme elle belle avec une vieille musique dans les oreilles. Les zozos allument et éteignent la radio comme à la maison. C'est même l'objet d'une conversation quand l'oxygène commence à manquer. Un peu comme un ado fume de l'herbe allongé sur son lit en pensant aux étoiles. Mais chez Cuaron, ce sont des adultes et la situation semble renversée.

Injonction

Quand tout disjoncte, faut des injonctions pour rebrancher les câbles. C'est le job de tonton Georges, décidément prof, père, amant, fantôme, grand frère, commandant, confesseur et gros blagueur.

Jeune

C'est le retour de Sandra Bullock en première catégorie. Comme Jodie Foster en Christine Lagarde dans Elysium (Neil Blomkamp). Comme quoi l'espace est une belle issue pour des actrices plus toutes jeunes. Entre deux âges comme on dit, belles et en pleine forme pour jouer des garces ou des héroïnes perdues. D'abord ça fait super plaisir. Ensuite, le spectre de jeu est immense. Fuck les rides.

KGB

Pour survivre, faut passer d'une station américaine à un Soyouz russe, puis filer vers la station chinoise Shenzhou. La géopolitique se joue par-dessus une terre sans frontière car vue du ciel. L'esthétique globale est en bas, les frontières en haut. Adios KGB et guerres froides ou chaudes. Faut-il rappeler que Cuaron est mexicain, donc pas tout à fait américain pur jus ? Allez, on redistribue les cartes et ça, c'est le côté feel good movie de Gravity.

Lorgner

Les zozos planent entre la terre et le grand trou noir de l'univers. Ils lorgnent sans cesse vers la planète avec une trouille au ventre : filer dans l'au-delà. Nous sommes avec eux, entre deux. Situation hypnotique du spectateur dans la salle de ciné qui fonctionne à plein tube. C'est aussi la fête foraine, quand nous sommes dans un manège, à regarder les potes nous mater de la terre ferme.

Matrice

Ben voilà, contrairement à 2001 L'odyssée de l'espace (Kubrick), pas de grandes explications sur l'origine du monde dans Gravity. Sandra Bullock est une matérial girl comme Madonna à ses débuts. Promis, on cause plus du chef d'œuvre de 1968. Faut pas pousser quand même. Et Cuaron, pas con, va voir ailleurs malgré quelques références explicites (théorie des 3 actes comme découpage commun pour tonton Richi). En attendant, peu de métaphysique ici. Par contre, il est beaucoup question d'esthétique pour alimenter la conversation des héros.

Nature

Alors on pense à la belle nature sur terre, à l'humanité sans dieu comme ligne d'horizon. C'est dit au début, y'a pas grand-chose là-haut. C'est même invivable. Du coup les zozos regardent la terre dépoilée de tout bazar ésotérique. On respire, même si l'oxygène vient à manquer.

Ouverture facile

Godard filme des portes à ouvrir dans un couloir (Alphaville). Cuaron fait la même chose avec des stations spatiales.

Passage

Dans la séquence d'ouverture, Gravity enchaine les points de vue avec une maestria folle. On passe du subjectif à la caméra flottée dans une fluidité hallucinante. Cuaron fait semblant d'oublier les cuts pour enchainer les points de vue dans un tourbillon. C'est non seulement du montage extra frais, mais aussi un moyen de relier les zozos avant le boum. Le reste du film sera la recherche du fil perdu. S'agit alors de s'accrocher à des bouts éparpillés. Un cadenas à une carcasse spatiale, une voix dans le casque même pas raccord avec l'image, un son à la radio, un œil vers la terre. Le champ-contrechamp perd la boussole. Même les plateformes spatiales imposent la séparation, la coupure ou l'explosion quand le corps de Sandra Bullock semblait pouvoir traverser sans encombre les différentes pièces d'une station. La disparition du cut au début est une manière de mieux le faire revenir après. Tata Bullock fait l'apprentissage de la séparation.

Quantité négligeable

L'espace trouve sa matière au cinéma. Les acteurs sont des petits intrus. Ils introduisent modestement le drame, la comédie, l'horreur, ouep tout ce qu'on aime sur grand écran.

Rembrandt, Chardin et Proust

Cuaron aime la peinture. D'abords les natures mortes, comme Chardin aimait peindre une poire aussi vivante qu'une femme. Ici, ce sont des objets et débris. Ou bien un parachute dont les fils retiennent une capsule spatiale. Sur fond noir, ça marche terriblement. Mais le zozo kiffe aussi le portrait. Et là c'est Rembrandt qui est convoqué. Quand par exemple une lueur rouge d'un feu de cheminé éclaire la peau du peintre dans son autoportrait visible au Louvre. Au cinéma, ça donne des leds autour des visages des acteurs pour refléter les lumières extérieures. Chardin et Rembrandt, soient deux passions Proustiennes. De là à sentir La recherche du temps perdu dans cette SF, on saute le pas avec joie.

Photo : Portrait de l'artiste au chevalet de Rembrandt

Speed et Spygame

Bullock était déjà dans le génial et conceptuel Speed de Jan de Bont. L'histoire d'un bus fou dans la ville. C'est comment qu'on freine ? Andy Nichols était déjà directeur artistique sur Spygame de Tony Scott (et accessoirement de l'Ile aux trésors des Muppets de Brian Henson). C'est comment qu'on fait du beau ?

Photo : Speed de Jan de Bont

Terrence Malick

Deux connexions avec le bourru d'Hollywood. Emmanuel Lubezki à la photo. Et sa propension à filmer flottant la terre avec son contre champ, le ciel. Cuaron bosse avec le chef op pour renverser la vapeur. On flotte dans l'espace et on regarde la terre là-haut.

Ubiquité

Ah ben non, c'est dans Solaris. Quoi que, Georges a plusieurs tours dans son sac avec ses apparitions surprises.

Vent de folie

C'est le souffle de l'explosion. Ou bien la rotation des débris spatiaux qui reviennent à la seconde près. Le vent dans l'espace, ce sont des objets qui bougent.

What else

Georges est niqué maintenant avec Nespresso.

X

Pas de porno dans Gravity. Seulement des strips avec Sandra Bullock. Faut dire que pendant les 30 premières minutes du film on ne voit aucun corps. Seulement des scaphandres. Et là c'est balèze.

Yang Liwei

C'est le premier chinois à filer dans l'espace le 15 octobre 2003. Ben oui, ce serait pas la première fois que l'on voit une station spatiale asiatique dans un blockbuster Hollywoodien ?

Z

On cherche, mais on trouve pas une trace de Z dans Gravity. C'est peut-être son principal défaut.

 

 

 

DS

Filmographie de Alfonso Cuaron (lien Imdb)