Dernière chance
Fat City (1972) de John Huston


Ancien boxeur plein de promesses, Billy Tully (Stacy Keach) essaie de revenir sur le ring, après une longue période passée à boire pour oublier le départ de sa femme. Dans les gymnases où il rôde, il rencontre Ernie Munger (Jeff Bridges, encore juvénile), un ado boxeur qui l'impressionne et qu'il présente à son entraîneur.

Vers l'infini et pas au delà

A en juger par leur popularité au panthéon du cinéma, tout le monde veut filmer des boxeurs. De Chaplin à Scorsese (Raging Bull) en passant par Michaël Mann (Ali) ou Raoul Walsh (Gentleman Jim), les plus grands se seront essayé au noble art, toujours avec succès.

Il se trouve que John Huston a été un champion de boxe amateur. De quoi lui permettre une approche inédite, quasi documentaire. Il suffit ainsi à Houston de poser sa caméra dans les rues de Stokton, la mecque de la boxe prolote en Californie, juste avant que les grues ne viennet démolir la ville, pour en capter un truc inédit, surtout que les trois acteurs principaux mis à part, l'ntégralité du casting est constitué d'amateur jouant leurs propres rôles.

Avec leurs regards tristes, Stacy Keach et Jeff Bridges sont justement au top. Surtout Mike Hammer, dont on ignorait un début de carrière si fort. Le moustachu, futur héros d'une minisérie mélo à générique craignos (L'amour en héritage) n'est donc pas un plaisir coupable, c'est un grand acteur, livrant une prestation à la hauteur d'un Nicholson chez Raffelson (Five easy pieces).
Désespéré, minable, noble, Keach est aussi un boxeur crédible, avec sa trogne pas possible et sa violence contenue. Question boxeur badass, met Marv, le Mickey Rourke de Sin City, KO au premier round.

Son personnage, Billy Tully, s'impose d'ailleurs comme le prototype du héros hustonien : il court après un rêve qu'il sait impossible. Sans autre avenir que se casser les dents sur sa chimère.
Il convient donc d'ajouter ces fighters minables aux chercheurs d'or de la Sierra Madre ou autres gangsters du Faucon maltais.
En mauvaise condition physique, vieillissant, aidé par un agent aussi fiable qu'une facture de Bygmalion, Tully veut quand même remonter sur le ring pour, dit-il, devenir riche. Essaie déjà de ne pas crever pour ton premier match, Billy.
Génie hustonien : alors que tous les boxeurs de Stokton perdent (la ville fournit en fait les tournois fédéraux en chair à premiers tours) Tully réussira son retour. Sauf que le boxeur d'en face pisse du sang en cachette.

Photo : L'amour en héritage - série réalisée par Kevin Connor et Douglas Hickox

 

 

 

RN

Filmographie de John Huston (lien Imdb)