Ghost drivers
Fast and Furious 7 (2015) de James Wan


Comme Marvel, les Fast and Furious représentent des mets de choix pour la critique prout prout. Du blockbuster décérébré écrit à la photocopieuse avec plein de numérique dedans. Ici le principe de la franchise joue même les ambulances : des courses de kékés tunés avec des nanas qui bougent leur boule sur du rap craignos.

Une saga passionnante

Manque de pot, la série des Fast est unique : après un démarrage dans le B, les films deviennent un terrain d’expérimentation visuelles fascinantes (3 : Tokyo Drift) pour ensuite expérimenter la motorisation des genres traditionnels du ciné US. On se retrouve donc avec du film d’évasion motorisé (4) , du western motorisé (5), du Ocean’s Eleven motorisé (6) et, ici, du Mission impossible motorisé. Cool !

Nous voilà donc avec une équipe de drivers chacun super bons dans un domaine (la déconne, l’informatique, la séduction, la baston) en plus d’être de sacrés pilotes (devant les écrans verts hein). Ici, comme monsieur Hunt, une agence gouvernementale menée par un Kurt Russell toute vieille mais pas honteuse (Snake Plissken himself, assez barré pour ne pas être un vieux sage) charge nos polios préférés d’une mission pas possible comme voler avec des caisses pour libérer une hackeuse ou encore jouer à mario bros, en voiture, toujours, sur des buildings d’Abou Dabi.

Évidemment, si vous vous faites choper, le département d’Etat niera avoir embauché de tels bourrins.

Et c’est parti pour du kif genre nouveau riche, où le portnawak le dispute au fun (pas de dialogues, juste des punchlines !) dans une débauche de moyens plus jouissive que Timbuktu. Ajoutons que les scénaristes ont eu la bonne idée de mettre le frêle Jason Statham à leur trousse en guise de méchant. Ca fonctionne du tonnerre et on a quelquefois l’impression de voir un spin off Marvel (Avengers : Auto plus, tiens), tellement ça dépote. On notera que par son casting (Diesel, Walker, The Rock, Statham, Tony Jaa, Kurt Russel), Ce Fast and Furious serait un Expendables rêvé : de vrais stars d’action, pas des has been en fauteuil roulant qui débitent de la punchline foireuse et surtout un vrai film d’action.
Même si les plus déviants objecteront que les Expendables, comme leur nom l’indique, sont des indésirables du ciné triple A et sont heureux de jouer les prolos du DTV tous les deux ans entre deux fix de botox. ils n'auront pas tort : les Expendables sont des purges sympathiques.

Photo : Expendables 3 de Patrick Hughes

Le jeu de la mort

La recette fonctionne donc à merveille et le film serait un monument de fun si un élément ne venait pas détraquer la machine, la rendant passionnante. On parle ici évidemment du décès de Paul Walker.

L’accident ayant eu lieu en cours de tournage (les scènes d’action étaient bouclées, pas les dialogues), le film s'est fini à coups de reshoot, de doublures (numériques ou physiques) et de remontage. James Wan, nouveau réalisateur sur la franchise après quatre épisodes signés Justin Lin, a donc dû faire pour son baptême motorisé, avec de drôles de conditions. Mais Wan sait faire avec les fantômes. C’est même sa spécialité, puisqu’après avoir inventé le Torture porn (Saw), il a ranimé le ghost flick  avec ses deux Insidious et son Conjuring.

Alors voilà : la drôle d’expérience de FF7, c’est qu’entre deux nichons et une Maserati, on scrute le cadre pour connaître la nature du Paul Walker à l’écran. Stock-shot d’un autre plan ? doublure numérique ? Frangin venu faire illusion de loin ? Plan rescapé d’avant l’accident ? Ca fait bizarre et c’est même très émouvant, surtout lorsque le beau gosse devient héros d’une scène d’action bien nerveuse, battu à mort par le mec d’Ong Bak puis courant sur un bus basculant dans le précipice.
Le petit dragon n'est pas loin.

Drôle de sensation que celle, sans aller jusqu’au snuff, de pouvoir assister à une mort non pas réelle (le véritable accident n’est évidemment pas dans le film et s’est déroulé hors tournage) mais définitive. Attention, se dit-on, si Paulo meurt dans la scène, c’est pour de bon ! Ou comment la triste réalité nous donne à voir, dans un déluge de numérique, la véracité d'un corps en sursis.

Photo : Le jeu de la mort de Robert Clouse

Disparaître

En résulte un film unique, hanté de bout en bout, et pas seulement par le fantôme de son acteur (beaucoup de scènes se déroulent dans un cimetière, le personnage de Michelle Rodriguez, passionnant, est une amnésique hantée par son passé et le climax oblige une hackeuse à disparaître de voiture en voiture pour échapper au regard divin d’un hélico omniscient).

Forcément, passé le climax, vient le temps de l’hommage et de la sortie de Walker. La scène, un peu surréaliste vu le manque d’images disponibles (sur une plage, les héros pleurent Paul Walker qui... joue avec sa famille juste devant eux) devient étrange, troublante. Ce décalage est finalement heureux : le film n’en finit donc pas proprement avec son acteur disparu mais lui laisse une autre vie, juste là mais déjà nimbé, comme dans une dimension parallèle. Avec ce qu’il faut de fragilité et de bricolage pour qu’on voie que c’est pas vrai.

Un truc vachement bien, surtout si on considère que la venue de Wan puis le décès de l’acteur ont réorienté le film, dans cette optique de quitter la terre ferme, toujours en voiture. Pour voler, pour tomber, pour disparaître. Inventer des routes invisibles, voilà le beau projet de FF7.

 

 

 

RN

Filmographie de James Wan (lien Imdb)